Intervention Conservation de tableaux de chevalet à Avignon

Présentation chronologique des interventions réalisables sur un support toile.
par ARCAD Avignon

Pose d'un papier de protection (facing) :

Pour protéger la couche picturale d’une œuvre soulevée et en perte d’adhésion, nous posons directement sur celle-ci un papier comme le papier japon ou papier boloré collé avec une méthylcellulose. C’est une pratique totalement réversible qui permet de manipuler et de transporter un tableau sans risque de perdre la moindre écaille.

Nettoyage et assainissement du revers, dérestauration

Avant toute intervention sur l’œuvre, les revers sont automatiquement aspirés pour retirer les différentes poussières  emprisonnées au sein de la toile et stockées entre la toile et les montants du châssis (scrupules). Mais il arrive aussi d’assainir le revers en retirant des anciennes pièces ou rentoilage qui ont mal vieilli et qui ne jouent plus leur rôle d’origine à savoir renforcer une toile ou une déchirure.

Consolidation des déchirures et des lacunes de toile

Les incrustations sont des morceaux de tissu qui sont adaptés aux lacunes du support textile et raccordés à la toile originale. Le tissu choisi pour l’incrustation doit correspondre le plus fidèlement possible à la nature du support.  La lacune est aplanie, puis on dispose les extrémités respectives des fils arrachés face à face, comme s’ils devaient être à nouveau tissés. La forme de la  lacune est ensuite décalquée sur le morceau de toile puis découpée en conséquence dans le morceau de tissu. Le principe de collage des fils à chaud consiste à déposer sur chacun des fils sectionnés un adhésif de matière solide puis à le chauffer avec une pointe à souder afin d’assurer l’adhésion des fils entre eux. Cette opération est le plus souvent réalisée sous microscope binoculaire.

Si la toile est déchirée, on procèdera à la « soudure » de la déchirure de la même manière (fil à fil), puis par la pose d’une pièce en fibre de verre ou en intissé très fin, afin qu’il n’y ait aucune remontée de cette pièce par la face.  

Relaxation de la toile pour une remise en plan des déformations

Pour résorber les déformations  d’une toile, nous utilisons trois paramètres simultanés : humidité, pression et chaleur. 

La toile est tendue sur un bâti de travail, nous pouvons alors humidifier en toute sécurité le revers à l’aide d’un vaporisateur. Après quelques minutes d’attente, le temps que les fibres de la toile se détendent, nous passons un fer chaud sur l’ensemble du revers. Nous retrouvons ainsi la planéïté d’origine. Cette opération peut être réalisée sur une table chauffante à basse pression, qui est une table équipée de buses d’aspiration et d’un système de chauffage électrique. La basse pression, entre la membrane supérieure et le plateau chauffant, est obtenue par une pompe à vide et contrôlée à l’aide d’un manomètre. Cet appareil permet d’obtenir un travail régulier en toute sécurité.

Refixage de la couche picturale

Lorsque l’œuvre vient d’être peinte, tous ses éléments sont encore assez souples pour suivre les mouvements des supports occasionnés par les variations d’humidité relative et de température.

Ex : la toile se tend et se détend selon l’hygrométrie ambiante. Au départ, la matière picturale, qui est dessus, voit ses composants suivre ces mouvements. Puis, les liants de ces éléments perdent, avec le temps, de leur souplesse entraînant tout d’abord des ruptures de cohésion (craquelures d’âge), puis des ruptures d’adhésion (soulèvements, puis pertes de matière picturale). 

Le refixage est nécessaire lorsque la matière picturale (préparation, couche picturale) présente une perte d’adhésion au support. Cette opération peut être ponctuelle (injection de l’adhésif de refixage sous les écailles et réactivation à la spatule chauffante) ou généralisée par imprégnation du revers.

Le problème d’adhésion se trouve à l’interface toile/préparation. Le fait de refixer par le revers, permet d’accéder immédiatement à la bonne interface, l’adhésif pénétrant jusqu’à la préparation. 

Pour une bonne pénétration de l’adhésif et, donc, un refixage efficace, le revers doit être complètement nettoyé de tout encrassement ou tous autres résidus d’anciennes colles, préparation… La réactivation de l’adhésif à chaud (à l’aide d’un fer), parfois sous vide d’air, permet le refixage complet de la matière picturale.

Doublage

Le doublage (collage d’une toile synthétique ou d’intissé sur l’ensemble du revers) n’intervient que lorsque la toile d’origine ne présente plus la résistance mécanique suffisante pour une nouvelle mise en tension et une bonne conservation.

Tension sur châssis

Les châssis bois et les supports bois peuvent être altérés par des attaques d’insectes xylophages, des apports d’humidité développant des moisissures. Dans ce cas, plusieurs traitements sont envisageables : le traitement par injection et imprégnation d’un produit antifongique et anti xylophage et/ou par anoxie (privation d’oxygène pendant un minimum de 21 jours). Des injections afin de consolider les galeries pourront également être envisagées, de même qu’un possible parquetage ou un renfort des assemblages des planches composant le panneau. 

La restauration des châssis est confiée à un confrère ébéniste.

Si les châssis sont trop altérés, nous opterons pour un remplacement par :

Un châssis réglable bois, flottant bois ou aluminium ou bien encore auto tenseur, ces derniers étant de conception et fabrication Chassitech

Le châssis flottant permet une tension très douce et réversible, même sur les formes complexes. Aucune percussion n’est requise pour la mise en tension. L’extension est obtenue par des vérins mécaniques noyés dans l’épaisseur du bois suivant des écartements serrés et actionnables par une clé coudé.  Ainsi la multiplicité des points de réglage permet d’exercer des tensions différenciées sur la toile, très utiles pour la résorption de poches et déformations.